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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 17:41

Cet événement est assurément, au niveau où se place la majorité des mortels, le plus atroce que l'on puisse connaître. La mort est effroyablement douloureuse pour ceux qui n'ont pas cherché à l'apprivoiser par l'étude et la réflexion, mais elle demeure particulièrement pénible même pour ceux qui ont fait cet effort.

 

Pour ma part, je commençai à questionner, à méditer, à apprivoiser la mort vers l'âge de dix ans, parce que je fus blessé presque mortellement pendant la guerre et que je vis, à cette époque, beaucoup de morts. La vie faisant son œuvre, je perdis plus tard plusieurs êtres très chers et chaque disparition était comme un coup de hache reçu en pleine tête. Enfin, tout cela pour dire que la mort reste, pour nous les gens ordinaires, un événement terrible.

 

Mais qu'est-ce que la mort ? Et qu'est-ce qui est douloureux dans la mort ?

 

Quelques brefs rappels à ce propos peuvent être bénéfiques, car personne n'échappe à la mort.

 

Il convient tout d'abord d'avoir toujours ceci à l'esprit : ON NE MEURT QUE POUR LES AUTRES. Cela a pour conséquence immédiate et paradoxale qu'en vérité, l'on ne « meurt » jamais, puisque l'on ne « meurt » QUE pour les vivants. (Le verbe mourir ne peut jamais, au sens propre, se conjuguer au passé à la première personne...) Cependant, il se passe bien « quelque chose » lorsqu'on meurt pour les autres. Que se passe-t-il ?

 

La mort, brièvement et rigoureusement définie, est la dislocation des trois éléments composant l'individu : l'esprit, l'âme et le corps. Il s'agit bel et bien d'une dislocation, d'une séparation, d'une dissociation et en aucun cas d'une « disparition ». De ces trois éléments, deux finissent plus ou moins rapidement par se dissoudre, le corps et l'âme, et le troisième, qui constitue la réalité de l'individu, trépasse, c'est-à-dire qu'il « passe au-delà ». Cela étant, puisque seul l'esprit constitue réellement l'individu et que l'âme et le corps ne sont que des vêtements nécessaires à l'existence terrestre, l'on remarque immédiatement que la mort, si étrange que cela puisse paraître, ne concerne absolument pas l'homme dans sa réalité, mais uniquement la monture qui lui est nécessaire pour le voyage terrestre. En somme, on peut dire que la mort, rigoureusement parlant, ne touche absolument par l'homme, qu'elle n'existe même pas pour lui puisque l'esprit est dans une continuité métaphysique nécessaire.

 

En d'autres termes, la mort n'est qu'une mutation, laquelle se produit, en vérité, plus d'une fois au cours de l'existence... Le mot même indique qu'il s'agit d'une mutation et de rien d'autre. En effet, si l'on admet que l'esprit est impérissable (et il l'est sans nul doute) et qu'on l'assimile symboliquement à l'élément feu dans le monde matériel, l'on voit que la MORT est une mutation (M) des éléments et rien de plus : eau (O), air (R) et terre (T). Si le « feu » est absent, c'est parce que la mort ne touche nullement l'esprit.

 

Mais alors, qu'est-ce qui est douloureux ? Pourquoi souffre-t-on ? Pour deux raisons : elle douloureuse d'abord par la crainte qu'elle inspire, car on ne sait pas ce qu'elle est et que l'on se fait mille idées chimériques et effrayantes à son sujet et, ensuite, par la perte qu'elle cause aux vivants. Pour prévenir celle-là, il faut comprendre la mort, pour empêcher celle-ci, il faut s'attacher à l'esprit et délaisser les formes, car seul les formes disparaissent.

 

L'on pourrait méditer, pour finir, sur ces vers que Lamartine met dans la bouche du sage Socrate :

« Et cet heureux trépas, des faibles redouté,

N'est qu'un enfantement à l'immortalité. »

(La Mort de Socrate)

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